A. Historique de la Transplantation Hépatique :
 

 

Années 60

La première transplantation hépatique mondiale a été réalisée le 1er mars 1963 par le Professeur T.E. Starzl (photo ci-contre) à Denver (Colorado, USA) chez un enfant de 3 ans souffrant d'une insuffisance hépatique terminale suite à une atrésie biliaire. L’opération n’a pas pu être finalisée, le patient étant décédé d’une hémorragie incontrôlable.
Quatre autres patients, tous adultes, furent transplantés durant la même année, tous sans succès. Cette déception clinique fut suivie par un moratoire de plus de trois ans permettant de perfectionner les connaissances dans ce domaine difficile.
Durant cette période, le Professeur Jean-Bernard Otte a effectué une année d’assistanat (1965-1966) dans le service du Professeur Starzl grâce à une bourse de la Belgo-American Education Foundation. Ce séjour a suscité chez lui un intérêt irrésistible pour la transplantation hépatique.
      


En Europe, les programmes de transplantation hépatique se sont développés sous l’égide du Professeur Roy Calne à Cambridge, du Professeur Rudolf Pichlmayer à Hannover et du Professeur Krom à Groningen.


Durant cette période initiale héroïque, deux essais de transplantation hépatique furent réalisés aux Cliniques Saint-Pierre à Louvain par les Professeurs P.J. Kestens et J.B. Otte. La première fut réalisée en 1969 chez un patient adulte porteur d’une hépatopathie chronique virale B; le patient est décédé, suite à une infection pulmonaire foudroyante, au trente-sixième jour.

Publication originale concernant la première transplantation hépatique réalisée en Belgique en 1969 :


                

          

          

          

    Conférence de presse tenue aux Halles Universitaires de Leuven à l’occasion de la
    première transplantation hépatique
réalisée aux Cliniques St-Pierre à Leuven :

    
    De gauche à droite, on reconnaît le Prof.G. Alexandre, le Prof.J.J. Haxhe, le Prof. J. Morelle,
    le Prof.P.J. Kestens, le Prof. J.B. Otte et le Prof. L. Lambotte.

 

 

Années 70

Le 17 mars 1971 fut réalisée à l'UCL une transplantation hépatique chez un enfant de 17 mois porteur d’une atrésie biliaire.
La récupération de l’intervention fut bonne jusqu’au moment où il développa un rejet aigu traité par hautes doses de stéroïdes.
Malheureusement, il décédait 7 mois après sa transplantation d'une hémorragie intrathoracique massive due à la ponction biopsie hépatique.
Cette greffe représentait la première greffe pédiatrique réalisée avec succès en Europe continentale.

 

Années 80

Au début des années 80, la transplantation hépatique connaît un nouvel essor suite à l’introduction d’un nouvel immunosuppresseur,
la cyclosporine A.  Douze patients furent greffés, dont onze survécurent plus d’une année.

En 1981, le programme de Denver fut transféré à Pittsburgh. Ce transfert a été le vrai début de la transplantation, non seulement
à Pittsburgh mais également de par le monde. En effet, des médecins venant des quatre coins du monde venaient s’y perfectionner.  
Le vrai développement de la transplantation hépatique se fit ensuite, durant la période 1981-1983, grâce aux résultats fortement
améliorés depuis l’introduction de la cyclosporine en pratique clinique. Le Professeur Jan Lerut rejoignit en 1984 le groupe de
Pittsburgh, séjour rendu possible par une bourse de l’OTAN.

Après le transfert de la Faculté de Médecine et de l’Hôpital Universitaire de Leuven à Woluwé-Saint-Lambert à Bruxelles, le
programme de transplantation hépatique
a définitivement redémarré en 1984 : en février, les Professeurs P.J. Kestens,
J.B. Otte et B. de Hemptinne réalisèrent avec succès une greffe hépatique chez un patient porteur d’une cirrhose postvirale B.  

    

La même année, le programme de transplantation hépatique pédiatrique reprend à grande échelle. Depuis lors,
plusieurs premières
médicales et chirurgicales, non seulement pour la Belgique mais également pour le Bénélux et pour l’Europe,
ont été réalisées dans notre service.

    
     Les quatre premiers enfants transplantés avec succès durant l’année 1984.

     Répartition des greffes hépatiques pédiatriques réalisées en Europe entre 1984 et 2000 :
    

 

 

B. La Transplantation Hépatique à l'UCL :


AOUT 1984 : Première transplantation pédiatrique avec un foie réduit :

         L'enfant survécut 18 ans avec ce foie réduit,
       puis fut retransplantée, avec succès, en juillet 2002.
 

 

Vu son impact important dans le développement du programme de transplantation hépatique aux Cliniques Universitaires Saint-Luc,
le Professeur Starzl a reçu le titre de doctor honoris causa
de l’Université Catholique de Louvain le 28 mars 1985 :
    


NOVEMBRE 1988 : Transplantations hépatiques "SPLIT" (technique de bipartition hépatique) :
Cette technique, utilisée pour la première fois en novembre 1988, permet d’implanter, soit
         - le lobe gauche chez un petit enfant et le lobe droit chez un adulte ou un grand enfant, soit
         - les deux lobes chez deux adultes :

   
 


FEVRIER 1987 et SEPTEMBRE 1988 : Premières transplantations combinées
foie-rein et foie-pancréas :

          

 


JUILLET 1993 : Transplantations hépatiques pédiatriques à partir de donneurs vivants :

Depuis lors, plus de 120 enfants ont pu bénéficier avec succès de cette technique.......

          

       

...... avec d'excellents résultats à long terme.  Quelques patients 10 ans après la greffe :

          

          

    ......la vie continue !!!!

 


JANVIER 1988 : Transplantations hépatiques adultes à partir de donneurs vivants :


         

          

    

 


MAI 2003 : Transplantations hépatiques adultes en combinant les techniques

                   "donneur vivant" et
"domino" :


    
     "ONE FOR THREE" : A partir d'un seul donneur vivant et de son greffon partagé,
     on peut greffer 3 patients.

    
                                                                                                       (L. Furtado et al.)

 
RESULTATS :
Durant la période Février 1984 – Novembre 2003, 1333 transplantations hépatiques ont été réalisées chez 571 patients
adultes et 589 enfants (> 15 ans). Les résultats de la transplantation se sont améliorés d’année en année.  
Plusieurs améliorations ont été apportées quant au raffinement technique, tant dans le cas de transplantations hépatiques
à partir de donneurs post-mortem qu'à partir de donneurs vivants.

    

  Dans le domaine de la transplantation hépatique     pédiatrique, l’intérêt s’est focalisé particulièrement dans le domaine     de la transplantation de tout jeunes enfants, les résultats de la     transplantation hépatique chez les enfants de moins d’un an étant     supérieurs à ceux des enfants plus âgés.

 
 

Dans le domaine de la transplantation hépatique adulte, l’intérêt s’est surtout focalisé sur le développement de
techniques permettant la transplantation avec la préservation de la veine cave du receveur sans utilisation de bypass veno-veineux
extra-corporel, sur le raffinement des schémas immunosuppresseurs, et sur les greffes sur cancer hépatocellulaire et infections
virales B et C. La modification technique a permis de réduire substantiellement les coûts de l’intervention, et elle a également
résulté en une diminution significative de consommation des produits sanguins et en une augmentation significative des extubations
immédiates après l’intervention chirurgicale.

    


Il y a eu un intérêt particulier à réaliser la transplantation hépatique sans utilisation de corticostéroïdes.
Actuellement, les patients sont exclusivement traités par monothérapie infra-thérapeutique au tacrolimus, stratégie qui a
permis d’augmenter significativement la qualité de vie des patients.  Plusieurs patients sont également inclus dans une
étude visant à retirer progressivement toute immunosuppression
afin d’obtenir la tolérance du greffon,
c’est-à-dire son acceptation sans utilisation d’immunosuppresseurs.
 
Tous les progrès obtenus durant les 20 années écoulées ont été le résultat d’une collaboration multidisciplinaire
intense
entre les différents services impliqués dans le domaine de l’hépatologie et de la chirurgie. Le groupe chirurgical
s’est élargi aux Professeurs J. de Ville de Goyet et R. Reding et au Dr O. Ciccarelli. A mentionner particulièrement
les efforts considérables produits par l'équipe d’Anesthésiologie (S. Aunac, Ph. Baele, M.A. Carlier, M. De Kock,
B. Le Polain, Ph. Pendeville, J.L. Scholtes, F. Singelyn, M. Van Boven, L. Van Obbergh, F. Veyckemans) et les
médecins des soins intensifs (S. Clement de Clety, P.F. Laterre, D. Moulin, M. Reynaert, X. Wittebolle) ainsi que les
radiologues (Ph. Clapuyt, E. Danse, P. Goffette, B. Van Beers).
 

La participation active au programme de transplantation des hépato-gastro-entérologues (A. Geubel,
Y. Horsmans, P. Starkel) et des hépato-gastro-entérologues pédiatriques (J.P. Buts, E. Sokal) ont eu un impact décisif quant à
l’amélioration de la qualité des soins apportés aux patients greffés.

Inutile de dire que tout ce projet multidisciplinaire ne pouvait amener à des résultats excellents que grâce au travail important et
difficile des coordinatrices cliniques de transplantation hépatique (Fr. Roggen et Ch. De Reyck pour la transplantation
adulte, M. Janssen pour la transplantation pédiatrique); elles représentent vraiment le fil rouge dans toute cette aventure qu’est la
greffe hépatique.

    

Durant les dernières années, des projets importants ont été développés quant à l’introduction du
foie bio-artificiel et de la « dialyse hépatique » (Prof. P.F. Laterre).

          

          

          

    

 

En 2002, le Professeur E. Sokal et le Dr F. Smets ont également démarré un programme de transplantation hépatocytaire,
visant surtout à guérir les maladies métaboliques hépatiques.

    

Injection dans la veine porte par le cathéter de Broviac :    

 
L’activité clinique dans le domaine de la transplantation hépatique a résulté en une multitude de publications dans des revues
nationales et internationales de grande valeur (voir rubrique publications du service de transplantation hépatique), en de
multiples communications et leçons publiques dans différents congrès nationaux et internationaux importants, et finalement
en différents projets de recherche soutenus par le Fonds National de Recherche Scientifique belge et pour l’industrie
pharmaceutique (voir rubrique projets de recherche passée et en cours).